4  Cylindre soumis à la torsion

4.1 État de contraintes dans une éprouvette en torsion

Un arbre cylindrique, de génératrices parallèles à l’axe \(\mathbf{e}_3\), de hauteur \(h\), de section circulaire de rayon \(R\), est limité par la base \(\Gamma_0\) située dans le plan \(x_3 = 0\) et la base \(\Gamma_h\) située dans le plan \(x_3 = h\). On désigne par \(\Gamma_l\) la surface latérale de la pièce.
L’arbre, supposé en équilibre, est soumis en tout point \((x_1, x_2, x_3)\) au champ de contraintes suivant, exprimé dans le repère cartésien \((O,\mathbf{e}_1,\mathbf{e}_2, \mathbf{e}_3)\), l’origine \(O\) du repère étant prise au centre de la base \(\Gamma_0\) :

\[\mathbf{\sigma}(x_1, x_2, x_3) = \begin{pmatrix} 0 & 0 & A x_2 \\ 0 & 0 & -A x_1 \\ A x_2 & -A x_1 & 0 \end{pmatrix}\]\(A\) est un scalaire constant positif.
1. Que peut-on dire des forces volumiques extérieures appliquées à la pièce ?

Dans le domaine \(\Omega\), l’équation d’équilibre local en l’absence d’accélération s’écrit :

\[ \mathrm{div} \, \boldsymbol{\sigma} + \mathbf{f}_v = \mathbf{0} \]

\(\mathbf{f}_v\) représente la densité de force volumique extérieure.

La divergence d’un tenseur \(\boldsymbol{\sigma}\) en coordonnées cartésiennes est un vecteur dont les composantes sont :

\[ (\mathrm{div} \, \boldsymbol{\sigma})_i = \sum_{j=1}^3 \frac{\partial \sigma_{ij}}{\partial x_j} \]

Calculons chaque composante, pour obtenir :

\[\mathrm{div} \, \boldsymbol{\sigma} = \begin{pmatrix}0 \\0 \\0\end{pmatrix}\]

Conclusion :

L’équation d’équilibre local devient :

\[ \mathbf{f}_v = -\mathrm{div} \, \boldsymbol{\sigma} = \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix} \]

Cela signifie que les forces volumiques extérieures appliquées à la pièce sont nulles. Sous le champ de contraintes donné, la pièce est donc en équilibre sans nécessiter de forces volumiques extérieures.

  1. Calculer la densité surfacique d’effort exercée sur la surface latérale \(\Gamma_l\)

4.2 Chargement sur la surface latérale

  • Sur la surface \(\Gamma_l\)

    Exprimons le vecteur force surfacique défini par le vecteur contrainte de Cauchy \(\mathbf{T}\) sur \(\Gamma_l\) :

    \[ \mathbf{T}|_{\Gamma_l} = \boldsymbol{\sigma} \cdot \mathbf{n} |_{\Gamma_l} \]

    \(\mathbf{n}\) est la normale unitaire à \(\Gamma_l\), soit \(\mathbf{n} = \mathbf{e}_r\), ce qui donne :

\[ \begin{pmatrix} 0 & 0 & A x_2 \\ 0 & 0 & - A x_1 \\ A x_2 & - A x_1 & 0 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} \cos \theta \\ \sin \theta \\ 0 \end{pmatrix} \]

Et sur \(\Gamma_l\), \(x_1=R\cos \theta\) et \(x_2=R\sin \theta\), ainsi nous avons :

\[ \boldsymbol{\sigma}.n |_{\Gamma_l} = \left(\begin{matrix}0\\0\\0\end{matrix}\right) \]

Conclusion: il n’y a pas d’effort extérieur appliqué sur \(\Gamma_l\), la surface latérale est libre d’effort, \(\mathbf{T}|_{\Gamma_l}=\mathbf{0}\).

  1. Quelles sont les densités surfaciques d’efforts s’exerçant sur les bases \(\Gamma_0\) et \(\Gamma_h\) ?

4.3 Chargement sur les bases

  • Sur la base \(\Gamma_0\)

    Exprimons le vecteur force surfacique défini par le vecteur contrainte de Cauchy \(\mathbf{T}\) sur \(\Gamma_0\) :

    \[ \mathbf{T}|_{\Gamma_0} = \boldsymbol{\sigma} \cdot \mathbf{n} |_{\Gamma_0} \]

    \(\mathbf{n}\) est la normale unitaire à \(\Gamma_0\), soit \(\mathbf{n} = -\mathbf{e}_3\), ce qui donne :

\[\boldsymbol{\sigma}.n |_{\Gamma_0} = \left(\begin{matrix}- A r \sin{\left(\theta \right)}\\A r \cos{\left(\theta \right)}\\0\end{matrix}\right)\]

  • Sur la base \(\Gamma_h\)

    Exprimons le vecteur force surfacique défini par le vecteur contrainte de Cauchy \(\mathbf{T}\) sur \(\Gamma_h\) :

    \[ \mathbf{T}|_{\Gamma_h} = \boldsymbol{\sigma} \cdot \mathbf{n} |_{\Gamma_h} \]

    \(\mathbf{n}\) est la normale unitaire à \(\Gamma_h\), soit \(\mathbf{n} = \mathbf{e}_3\), ce qui donne :

\[\boldsymbol{\sigma}.n |_{\Gamma_h} = \left(\begin{matrix}A r \sin{\left(\theta \right)}\\- A r \cos{\left(\theta \right)}\\0\end{matrix}\right)\]

  1. Calculer les éléments de réduction en \(O\) (résultante et moment) du torseur des efforts surfaciques s’exerçant sur la base \(\Gamma_0\). Interpréter la nature des efforts extérieurs agissant sur cet arbre.

4.4 Calcul des éléments de réduction en \(O\)

Nous devons calculer la résultante \(\mathbf{R}_O\) et le moment \(\mathbf{M}_O\) du torseur des efforts surfaciques \(\mathbf{T}\) appliqués sur la base \(\Gamma_0\).

\[ \left\lbrace \mathbf{\mathcal{T}} \right\rbrace = \left\lbrace \begin{array}{c} \mathbf{R}_O \\ \mathbf{M}_O \end{array} \right\rbrace \]

Calcul de la résultante \(\mathbf{R}_O\)

La résultante est définie par :

\[ \mathbf{R}_O = \iint_{\Gamma_0} \boldsymbol{\sigma}.n |_{\Gamma_0} \, ds \]

En remplaçant \(\mathbf{T}\) par son expression donnée et en passant en coordonnées polaires avec \(x_1 = r \cos\theta\) et \(x_2 = r \sin\theta\), nous avons :

\[ \mathbf{R}_O = \int_0^R \int_0^{2\pi} (-A r \sin\theta \, \mathbf{e}_1 + A r \cos\theta \, \mathbf{e}_2) \, r \, d\theta \, dr \]

Or, les intégrales de \(\sin\theta\) et \(\cos\theta\) sur un tour complet valent zéro, ce qui donne :

\[\mathbf{R}_O =\left(\begin{matrix}0\\0\\0\end{matrix}\right)\]

Calcul du moment \(\mathbf{M}_O\)

Le moment en \(O\) est défini par :

\[ \mathbf{M}_O = \iint_{\Sigma_0} \mathbf{OM} \wedge \mathbf{T}|_{\Gamma_0} \, ds \]

\(\mathbf{OM} = x_1 \mathbf{e}_1 + x_2 \mathbf{e}_2\), donc :

\[ \mathbf{M}_O = \iint_{\Sigma_0} \begin{pmatrix} x_1 \\ x_2 \\ 0 \end{pmatrix} \wedge \begin{pmatrix} - A x_2 \\ A x_1 \\ 0 \end{pmatrix} ds \]

Le produit vectoriel donne :

\[ \mathbf{M}_0 =\left(\begin{matrix}0\\0\\\frac{\pi A R^{4}}{2}\end{matrix}\right) \]

Interprétation des efforts extérieurs

  • La résultante est nulle, ce qui signifie qu’aucune force globale ne s’exerce sur \(\Gamma_0\).
  • Le moment n’est pas nul, ce qui indique un couple pur agissant sur l’arbre.
  • Cela signifie que l’arbre est soumis à un couple moteur ou résistant en \(O\), sans force résultante.

Équilibre :

\[ \left\lbrace \mathbf{\mathcal{T}} \right\rbrace = \left\lbrace \mathbf{0} \right\rbrace \]

Et nous avons :

\[ \left\lbrace \mathbf{\mathcal{T}} \right\rbrace = \left\lbrace \mathbf{\mathcal{T}_O} \right\rbrace_O + \left\lbrace \mathbf{\mathcal{T}_h} \right\rbrace_O + \left\lbrace \mathbf{\mathcal{T}_l} \right\rbrace_O \]

Or, \(\mathbf{T}|_{\Gamma_l}=\mathbf{0}\), ce qui donne :

\[ \left\lbrace \mathbf{\mathcal{T}} \right\rbrace = \left\lbrace \mathbf{\mathcal{T}_O} \right\rbrace_O + \left\lbrace \mathbf{\mathcal{T}_h} \right\rbrace_O \]

Soit,

\[ \mathbf{R}_h = -\mathbf{R}_O = \mathbf{0} \]

et,

\[ \mathbf{M}_h = -\mathbf{M}_O = - \frac{\pi AR^4}{2}\,\mathbf{e}_3 \]


Conclusion

  • \(\mathbf{R}_O = 0\) → Pas de force résultante appliquée.
  • \(\mathbf{M}_O = \frac{\pi A R^4}{2} \mathbf{e}_3\) → Présence d’un couple pur appliqué en \(O\).
  • Interprétation : L’arbre est soumis à un effort extérieur sous forme de couple, typique d’un moteur ou d’une résistance mécanique.
  1. Déterminer les contraintes principales en tout point de la pièce.
  • Sachant que les matériaux fragiles rompent généralement lorsque la contrainte normale atteint une valeur critique \(\sigma_c\), en quel(s) point(s) de l’arbre constitué d’un matériau métallique, cette valeur critique est-elle atteinte ?
  • Quelle est la valeur maximale du couple de torsion à ne pas dépasser ?

4.5 Calcul des contraintes principales

Le tenseur des contraintes en tout point de l’arbre est :

\[ \boldsymbol{\sigma} = \begin{pmatrix} 0 & 0 & A x_2 \\ 0 & 0 & -A x_1 \\ A x_2 & -A x_1 & 0 \end{pmatrix} \]

Les contraintes principales sont les valeurs propres de ce tenseur. Pour déterminer les contraintes principales, nous devons résoudre l’équation caractéristique :

\[\text{det}⁡(σ−λI)=0\]

Localisation de la contrainte critique \(\sigma_c\)

La contrainte principale maximale en valeur absolue est \(\sigma_3 = AR\). Cette contrainte atteint sa valeur maximale à la surface de l’arbre, où \(r=R\) (le rayon de l’arbre). Ainsi, la contrainte maximale est :

\[ \sigma_{\text{max}} = A R \]

La rupture se produira lorsque \(\sigma_{\text{max}}=\sigma_c\), soit :

\[ AR = \sigma_c \]

Valeur maximale du couple de torsion

Le moment de torsion \(\mathbf{M}_O\) appliqué à l’arbre est lié au paramètre \(A\) par la relation :

\[ \mathbf{M}_O = \frac{A \pi R^4}{2}\mathbf{e}_3 \]

Pour déterminer la valeur maximale du couple de torsion \(\mathbf{M}_{O, \text{max}}\) que l’arbre peut supporter sans dépasser la contrainte critique \(\sigma_c\), on utilise la relation trouvée précédemment :

\[ A = \frac{\sigma_c}{R} \]

En substituant cette expression de \(A\) dans la formule du moment de torsion, on obtient :

\[ \mathbf{M}_{O, \text{max}} = \frac{\sigma_c \pi R^3}{2}\mathbf{e}_3 \]

qui est le couple de torsion maximal à ne pas dépasser que l’on notera \(T_{max}\).

  1. Déterminer la direction principale associée à la contrainte principale maximale.
  • Sachant qu’en rupture fragile, la surface de rupture est souvent perpendiculaire à la direction principale associée à la contrainte principale maximale, expliquer le faciès de rupture présenté à la figure ci-dessous.

Illustration du cylindre et de ses surfaces

Figure 6.1 : Rupture hélicoïdale d’une éprouvette en fonte sollicitée en torsion. (Shigeo Shimizu)

4.6 Directions principales des contraintes - Vecteurs propres de \(\boldsymbol{\sigma}\)

Pour déterminer les directions principales associées aux contraintes principales, nous devons calculer les vecteurs propres du tenseur des contraintes \(\boldsymbol{\sigma}\).

Calcul des vecteurs propres

Nous avons \(\boldsymbol{\sigma}\nu = \sigma\boldsymbol{\nu}\), ainsi pour chaque valeur propre \(\sigma_i\), nous résolvons l’équation :

\[ (\boldsymbol{\sigma} - \sigma_i \mathbf{I}) \boldsymbol{\nu}_i = 0 \]

\(\mathbf{I}\) est la matrice identité et \(\boldsymbol{\nu}\) est le vecteur propre associé.

Pour \(\sigma_3 = Ar\) :

\[ (\boldsymbol{\sigma} - A r \mathbf{I}) \boldsymbol{\nu}_3 = 0 \]

avec \(\boldsymbol{\nu}_3\) :

\[ \boldsymbol{\nu}_3 = \begin{pmatrix} \nu_3^{I}\\ \nu_3^{II}\\ \nu_3^{III} \end{pmatrix} \]

\(\theta\) est l’angle polaire tel que \(x_1 = r\cos\theta\) et \(x_2 = r\sin\theta\).

Après calcul nous obtenons :

\[\nu_{3} = \left(\begin{matrix}\sin{\left(\theta \right)}\\- \cos{\left(\theta \right)}\\1\end{matrix}\right)\]

soit normalisé :

\[\overline{\boldsymbol{\nu}}_{3} = \left(\frac{\sqrt{2}}{2}\right)\mathbf{{e_z}_{}} + \left(- \frac{\sqrt{2}}{2}\right)\mathbf{{e_{\theta}}_{}}\]

Dans le cas d’une rupture fragile, la fissure se propage perpendiculairement à la direction de la contrainte principale maximale. Ici, la contrainte principale maximale \(\sigma_3=AR\) est associée au vecteur propre \(\nu_{3}\)​, indiquant que la direction principale combine les axes \(x_1\)​, \(x_2\)​​ et \(x_3\)​​.

La composante \(\nu_{3}\)​ selon \(x_3\)​​​ étant non nulle, la direction principale possède une composante axiale. Ainsi, la surface de rupture s’oriente perpendiculairement à cette direction, ce qui conduit à un faciès de rupture hélicoïdal observé dans les matériaux fragiles soumis à une torsion.

Cette orientation de la fissure s’explique par la distribution non uniforme des contraintes principales, maximales en \(r=R\). La fissure s’initie donc à la surface du cylindre, où la contrainte est la plus élevée. La combinaison d’une fissure se développant dans un plan perpendiculaire au vecteur propre orienté à 45° et de contraintes principales maximales à la surface aboutit à un faciès hélicoïdal.

Cette analyse est cohérente avec les observations expérimentales : sous l’effet d’un couple de torsion, les matériaux fragiles présentent des ruptures suivant des plans inclinés, résultant en une surface de rupture hélicoïdale.

  1. On considère un matériau fragile avec les caractéristiques suivantes :
  • Contrainte critique en cisaillement : \(\sigma_c = 100\) MPa
  • Module de cisaillement : \(G = 50\,000\) MPa
  • Rayon de l’arbre : \(R = 30\) mm
  • Longueur de l’arbre : \(L = 1000\) mm
  1. Calculer le couple de torsion critique \(T_{\text{c}}\) à ne pas dépasser avant la rupture.
  2. En déduire l’angle de torsion critique \(\theta_{\text{c}}\) (en degrés).

Formules utiles :

\[ \theta_{\text{max}} = \frac{T_{\text{max}} L}{G J} \]

avec

\[ J = \frac{\pi R^4}{2} \]

4.7 Passage à la simulation

Nous allons maintenant coder un script interactif en Python pour visualiser comment l’angle de torsion varie avec le couple appliqué. Nous afficherons aussi sa valeur maximale \(T_{\text{c}}\) calculée au point 5 :

\[T_{\text{c}} = \frac{\sigma_c \pi R^3}{2}\]

Application numérique: